Empreintes & Chemins - Pont Vivant
Mes rêves contiennent mes jours.
Mes jours apprennent à les reconnaître.
Extrait du poème-prose Pont Vivant (Avril 2026)
Illustration infusée de la vidéo d’ouverture du Musée Poldi Pezzoli, Milan, Italie.
Série Empreintes & Chemins
Une série de poèmes, Empreintes & Chemins.
Pont Vivant : Un voyage poétique à travers l’Italie et des paysages intérieurs, où rêves, lieux, et expériences se rejoignent.
Une exploration de comment la mémoire, la perception, et les émotions construisent un pont vivant entre le visible et l’invisible.
Une version plus courte a été partagée sur mon profil personnel facebook, Sophie Rouméas.
Empreintes & Chemins
(Poèmes sur l’éveil intérieur)
par Sophie Rouméas
Pont Vivant
(Empreintes d’Italie et d’Âme)
Sur le parvis de la Cathédrale de Milan…
De passage dans cette ville vibrante, le long du parcours de notre voyage en Italie.
Trois rêves émergent —
itinéraires de reliance,
liant ma psyché
au jour à venir.
Courmayeur
Avant de m’endormir, dans cette ville de montagne bercée par les hauts sommets de la chaîne du Mont-Blanc,
je me relie à cette nature brute, majestueuse, insaisissable.
Mardi matin
Je recueille des fragments de rêves qui s’envolent plus vite que des rubans blancs dans un ciel éventé.
L’écho d’une voix me revient, puis un geste révélé en filigrane :
suivre le tracé instinctif d’une pierre.
La voix du rêve me disait
que l’on peut poser la main sur une pierre
et suivre un chemin invisible pour les yeux,
mais visible pour le cœur initié.
Baignée d’une gratitude silencieuse,
sans en saisir pleinement le sens,
je traverse simplement la journée.
Au petit déjeuner, je décide de marcher vers une petite chapelle de guérison située au sommet du village, au pied des montagnes.
Nous nous y rendons calmement,
et dès notre arrivée, je ressens une étrange impression —
comme si le lieu m’attendait.
J’offre l’eau de ma gourde aux fleurs près de la chapelle,
comme la Vierge Marie invite les pèlerins
à rendre hommage à celles qui se tiennent devant elle derrière la vitre.
Je dépose des prières de guérison
pour tous ceux que j’aime.
Puis mon regard se tourne
vers une pierre triangulaire grise à droite de la chapelle —
et là, mon rêve apparaît sur la roche :
un chemin blanc scintillant,
dessiné par la nature elle-même,
un filigrane minéral
semblable à ceux que des cristalliers pourraient découvrir
en brisant la pierre.
Mercredi midi
Nous sommes assis à la terrasse d’un restaurant près du Dôme de Milan.
Nous venons de visiter la cathédrale —
immense, bouleversante,
façonnée durant six siècles
pour devenir le second plus grand édifice catholique du monde.
Nous avons marché sur son toit pendant une heure,
suspendus entre le ciel et les flèches,
les gargouilles, les saints et les anges…
Puis nous sommes redescendus dans la nef et le chœur,
où mon souffle s’est ralenti
et mes yeux emplis de larmes
devant la ferveur contenue dans ces murs sacrés.
Alors que nous revenons sur cette expérience saisissante,
toutes les conversations s’interrompent soudainement —
la nôtre, comme celles autour de nous.
Les passants retiennent leur souffle.
Nous tournons tous la tête vers un cri —
perçant,
humain, et pourtant presque inhumain
dans sa torsion de douleur.
Le son continue de résonner dans nos oreilles.
Nous nous regardons les uns les autres.
Des touristes ayant vu la scène nous expliquent
que la police maîtrise une personne
à quelques dizaines de mètres de nous.
Nous ne verrons pas son visage.
Nous ne connaîtrons pas la raison.
Un cri sans visage.
Un cri sans explication.
Un cri qui continue de résonner
longtemps après s’être tu.
Alors un fragment de la nuit précédente me revient —
un cauchemar, cette fois.
Je suis témoin d’une scène dérangeante :
un homme animé d’une intention malveillante prépare une puissante potion
destinée à un autre homme
qui la boira sans savoir ce qu’elle contient.
La scène se déroule à l’intérieur d’un bloc de verre.
Je demeure à l’extérieur.
Celui qui boit devient violemment malade.
Ceux qui l’entourent voient et ont peur —
ses yeux injectés de sang,
sa mâchoire abîmée…
Alors j’entre dans cette prison de verre
pour le prendre dans mes bras.
Je vois moi aussi son visage —
mais aucun son ne sort.
L’inversion exacte de la scène du jour :
un cri sans visage,
et dans mon rêve,
un visage sans cri.
Jeudi après-midi
Une journée plus fraîche à Milan.
Nous prenons des photographies dans le quartier artistique de Brera,
nous émerveillant devant une façade
où l’ombre et la lumière s’entrelacent,
respirant les parfums des boutiques élégantes,
accueillant les innombrables couleurs
des passants qui, comme nous,
déambulent dans les rues
au gré du vent.
Après un déjeuner léger,
nous marchons vers le musée
où nous allons rencontrer
certaines des plus grandes œuvres
du polymathe Léonard de Vinci.
Cet esprit brillant —
prolifique en ingénierie, en peinture et en musique —
créateur de La Cène,
de multiples chefs-d’œuvre,
des premières ailes volantes,
de mécanismes, de lions
et de visions extraordinaires —
a offert, et continue d’offrir,
la preuve qu’un esprit humain
est capable d’une créativité
bien au-delà de ce que nous imaginons possible.
Comment un seul homme
aurait-il sinon pu être à l’origine
d’un immense codex de près de 40 000 pages d’innovation,
ainsi que de tableaux qui continuent
de captiver le monde entier ?
Je m’avance vers un tableau —
La Dame à l’Hermine.
Symbole d’amour et d’attachement.
Dans mon casque,
j’écoute les explications sur sa composition,
les techniques employées par Léonard
pour insuffler tant de mouvement à cette présence silencieuse…
L’hermine…
Soudain, des éclats de rêves des deux nuits précédentes me reviennent :
des hermines traversant la nature,
l’une apparaissant dans le même champ de vision que mon compagnon,
une présence semblable à une prairie,
un tableau vivant de la nuit précédente…
Mes rêves contiennent mes jours.
Mes jours apprennent à les voir.