Empreintes & Chemins - partie II
Lorsque le labyrinthe de la psyché se dévoile,
le corps sait parfois avant l’esprit
qu’il est temps de se mettre en marche.
Un jour, sans le savoir,
tu t’es mis.e en marche.
Extrait du poème Le Labyrinthe par Sophie Rouméas (Janvier 2026)
Série Empreintes & Chemins
Une série poétique où chaque poème ouvre un paysage intérieur.
Part II, Le Labyrinthe — Il y a des instants où quelque chose en nous sait…
avant que nous ne le sachions.
Les autres poèmes de la série seront bientôt disponibles en français. En attendant, vous pouvez découvrir leur version anglaise ci-dessous.
Empreintes & Chemins
(Une série de poèmes sur le devenir)
Par Sophie Rouméas
II Le Labyrinthe
(Mémoires en Action)
Cher Enfant,
Tu es né dans un espace et un temps
que d’aucuns diraient indéterminé,
et d’autres, déjà orienté.
Dans cet univers cosmologique,
que tant de gens tentent d’expliquer de manière rationnelle,
une part d’irrationalité te surprendra peut-être dans ce qui suit.
Ce que l’on nomme « irrationnel » est souvent le nom que l’on donne
à ce qui n’a pas été encore pleinement compris.
La science, patiente, s’applique à en explorer les facettes ;
c’est une question de temps.
Ce mystère touche aux enchaînements invisibles,
à ces mouvements par lesquels
chaque geste laisse une trace,
chaque pensée imprime une direction.
De ces dynamiques nées dans le Temps et l’Espace,
tu feras l’un de tes plus grands apprentissages.
Elles sous-tendent l’histoire du Big-Bang,
des étoiles, des galaxies, des planètes — de la nôtre — et des espèces.
Notre espèce humaine,
depuis la nuit de son temps jusqu’à l’orée de ce jour,
avance dans un dédale de chemins entremêlés :
un labyrinthe évolutif
où les trajectoires se dessinent
au rythme des actions et des réponses,
individuelles et collectives.
Il n’y a pas une seule origine,
mais une multitude de traces.
Des valeurs, des croyances, des élans, des peurs,
tout ce qui nous met en mouvement,
oriente discrètement la suite.
Ainsi nous arrivons au monde
libres de souvenirs conscients dans nos cellules,
et pourtant déjà inscrits
dans une composition ancienne
où des milliers de notes, plus ou moins harmonieuses,
ont résonné avant nous.
Lorsque nous commençons à vivre,
nos propres notes s’y ajoutent.
Ta singularité mélodieuse
reste à découvrir.
Dans cet espace d’évolution,
une carte du territoire t’est transmise —
des règles, des repères, des valeurs —
souvent sans mots,
simplement en absorbant le monde autour de toi.
Au fil de ta vie,
tu apprendras toi à travers les autres,
et les autres à travers toi.
Tu tenteras de ressembler, de te différencier,
peut-être de te rebeller, de te chercher, de te révéler.
Tu rencontreras des avatars de ton avenir,
pensant que tu dois devenir ce que l’on attend de toi.
Tu croiseras peut-être des ombres du passé,
pensant que tu dois rester loyal.e
à des histoires qui ne sont pas toutes les tiennes.
Il se peut que l’on te demande de guérir,
ou de ne pas guérir,
de porter un symptôme
que d’autres n’ont pas su transformer.
Il se peut que tu prennes sur toi
ce qui n’a pas trouvé de chemin ailleurs,
laissant un poids sur tes épaules
qui ne t’appartient pas.
Le labyrinthe n’est pas une erreur de parcours.
Il est une mémoire en mouvement.
Chaque détour a eu un sens.
Chaque impasse a tenté, un jour,
de préserver la vie.
Peut-être te rencontreras-tu,
porté.e par un terreau harmonieux et équilibré,
je te le souhaite.
Quel que soit le chemin sur lequel tu marches au commencement,
viendra un temps où ton apprentissage sera de te différencier.
Tu es entré.e dans l’existence terrestre
en franchissant la porte de ta première matrice,
ta mère, et, pas à pas,
tu t’approprieras ton existence
en explorant ton intériorité.
Tu apprendras à ne nommer vérité
que ce qui prend vie en toi.
Lorsque le labyrinthe de la psyché se dévoile,
le corps sait parfois avant l’esprit
qu’il est temps de se mettre en marche.
Un jour, sans le savoir,
tu t’es mis.e en marche.