Empreintes & Chemins - part III

Même si tu ne vois pas encore
les fruits de l’effort,

tu es rythme en apprentissage.

Extrait du poème La Montagne par Sophie Roumeas (Janvier 2026)

Photo credit ©Guillaume Briard on Unsplash

Série Empreintes & Chemins

Une série de poèmes, Empreintes & Chemins.

Part III, La Montagne — la mise en marche —
née du rythme et de la présence.

Les autres poèmes de la série seront bientôt disponibles en français. En attendant, vous pouvez découvrir leur version anglaise ci-dessous.

Empreintes & Chemins
(Une série de poèmes sur le devenir)
Par Sophie Rouméas

La Montagne

(La Mise en Marche)

Je ne sais pas
si, en venant au monde,
ta singularité sera reconnue,
encouragée, célébrée.

Je ne sais pas
si ta famille, ton école,
ta communauté ou les hasards du monde
sauront voir ce qui te rend unique.

Je ne sais pas non plus
combien de temps l’univers mettra
à t’envoyer des signes,
ni combien de temps toi
tu mettras à les recevoir.

Parfois, pour survivre —
physiquement, émotionnellement,
spirituellement, intellectuellement —
il faut d’abord se faire accepter.

Alors la singularité se cache,
devient secondaire, en attente.

Jusqu’au jour
où, par d’autres chemins,
tu retrouves ta singularité première.

Il n’y a pas en toi
de mauvaise partie,
ni de juste ou de moins bonne.

Il y a ce qui est,
et ce qui t’aide à naviguer
l’océan qu’on appelle la vie.

Certains disent que l’évolution
ressemble à l’ascension d’une montagne
qu’on gravit pas à pas.

Cette montagne pourra te sembler
ardue ou douce,
pentue, glissante,
variée, parfois lumineuse.

Tu y rencontreras les saisons,
les tiennes
et celles des autres.

Il y aura des feuilles ou pierres mouvantes,
des pas à recommencer,
d’autres à perdre plus loin encore.

Ta montagne sera tantôt solitaire.
Tantôt, tu y croiseras
des êtres qui montent un temps à tes côtés,
ou qui redescendent.

Il y aura des plateaux
pour reprendre souffle,
et peut-être aussi pour t’y ennuyer.

L’ennui n’est jamais une perte.

Dans la cosmologie moderne,
le temps n’existe pas.

Il est perception en mouvement,
un visage qui change,
un corps qui grandit
puis s’amoindrit,
si tant est que ce soit ainsi
que l’on regarde le fil de la vie.

En gravissant ta montagne,
tu rencontreras des croyances.
Certaines t’auront permis d’aimer la vie,
d’autres de t’en éloigner.

Il te sera alors possible de choisir :
quelles valeurs,
quelles croyances
te permettent de vivre en harmonie intérieure
et avec le monde
— humain, animal, végétal, minéral.

Tu trouveras
des repères laissés par d’autres.
Ils te suggéreront une direction.

À toi d’évaluer,
avec tes sens et ton instinct,
si ces repères sont justes pour toi.

Nul ne marche la même montagne.

Il y aura des jours de soif
et des jours d’abondance.
Tu chercheras des rivières pour boire,
des champs pour te reposer.

Si tu t’arrêtes,
si tu écoutes le silence
lorsque les pensées s’apaisent,
il se peut que tu entendes
une lumière intérieure
te chuchoter des mots
réconfortants, ou grandissants.

Au sommet,
le vent pourra être fort.
Tu seras peut-être tenté
de redescendre un peu,
pour intégrer le chemin parcouru.

Des arbres déracinés barreront parfois ta route,
t’obligeant à emprunter
un détour, pour un temps seulement.

Tu passeras des collines, des ravins,

une vallée cachée,
des couchers de soleil
et des aurores.
Il y aura même
des jours sans tain.

Chaque jour,
tu entraînes ton souffle,
ton corps, ta présence,
à persévérer ; au-delà de la perfection,

la vie cherche une résonance stable.
Même si tu ne vois pas encore
les fruits de l’effort,

tu es rythme en apprentissage.

Il y aura des êtres
dont tu choisiras la proximité
par amour ou par loyauté,
ou même les deux.

Et d’autres
dont tu t’éloigneras
pour la souveraineté de ton être,
pour ta sécurité, pour ton intégrité.

Il y aura des jours
où tu voudras rebrousser chemin,
revenir vers le connu.

Le connu est parfois plus rassurant
que l’inconnu,
avant même de savoir

s’il est meilleur.

Tu ne peux pas changer d’où tu viens.

Ce qui t’a façonné n’est pas ce qui te définit.

Mais chaque jour, tu peux choisir
comment tu marches,
comment tu te reposes,
quel sens tu donnes
à tes actions,
à tes pensées,
à tes relations,
à tes silences,
et même au bruit du monde.

Chaque pas d’aujourd’hui

réécrit naturellement le passé.

Pose-toi parfois cette question :
Ce que je ressens maintenant,
est-ce que cela m’appartient ?

Dans l’apprentissage de cette réponse
se cachent
la sérénité
et le détachement.

Il ne t’est pas demandé si tôt
de te détacher de l’amour,
ni même de la souffrance.
Seulement
de te détacher
de ce qui ne t’appartient pas,
de changer ce que tu peux,
et d’accepter ce que tu ne peux changer.

Peut-être te demanderas-tu :
Que trouve-t-on au sommet ?

Chaque pas peut rapprocher du sommet de soi,
là où tous les vents se rejoignent,
là où l’infinité de l’être
et des êtres,
des règnes,
des circonstances,
se rassemble en une vision
à trois cent soixante degrés.

Et encore :
Que faire après ?

Il y a aussi
l’art de redescendre,
de glisser parfois, de tomber,
de se relever, de douter.

Pourquoi redescendre ?

On ne monte jamais pour soi seul ;

on redescend toujours pour le vivant.

Alors, chère âme
vis en présence,
pleinement et justement.

Puisses-tu honorer
le chemin parcouru,
la lumière reconnue, donnée et reçue,
et les zones d’ombre
que tu auras osé explorer,
en toi
et dans la rencontre avec les autres.

Et ainsi, continuons.

Ce qui s’en vient se révélera

au rythme de tes pas.